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 Les parfums d’elle.

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A. R Deblain dit Livel

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Nombre de messages : 47
Age : 57
Date d'inscription : 01/03/2012

MessageSujet: Les parfums d’elle.    Lun 23 Avr - 15:35



Version première

Honfleur, il y a quelques années,
Tant d’âmes qui vivent,
Une centaine de convives,
Une soirée.
De l’attention, peu !
Mais des échanges verbeux.
Des mimiques donnant de la contenance au rien,
Bref, le tintamarre du néant de quelques béotiens.
Mes tympans remisés pour des langues aiguisées…
Mais qu’est-ce que je fais là dans ce blanc-creux, ce rien-plat ?
A ce moment, je ne le savais pas.
Dans une auge à parfum les cheveux lâchés
Et les cheveux laqués avaient été baqués.
Que d’eaux ! que de fragrances mesurées
Pour d’autres appuyées voire confirmées
Qui mélangées donnaient une sorte de parfum bourgeois
Du plus voluptueux au sournois
Mais assez délicat pour que l’on inspire plusieurs fois
Et assez curieux pour que l’on recommence ;
Certains avaient du piquant, d’autres de la circonférence.
Et puis, il y eut elle.
La demoiselle.
J’y suis. J’y suis encore. J’y suis et elle a une odeur qui tient des effluves un peu passés.
Ce parfum garde de ce temps l’idée, un nom, un voile raffiné que l’on retrouverait doucement puis il tourne comme un tourbillon, un vertige, une bourrasque, un tumulte que mélange le vent d’âcre. Et le sucre et l’amer et si peu de salé. Une spirale à laquelle on s’accroche avec l’espoir de rejoindre des émotions imprégnées. Passées.
Ce que le nez hiérarchise, le cerveau le rejette, le cœur le réfute mais que le corps voudrait ! mais le corps ne peut plus. Tout est là. Des lacis-là lassés de nous, nous simplifions. Puis il tourne le parfum pris dans le souvenir, il tourne encore, il tourne et reprend corps, il agite ses bras comme un damné et chiffe molle, il s’affaisse et nous ramène aux flasques journées.
Hachés, lâches, rabâchés, ce souvenir donne l’impression d’être tout en s’oubliant soi.
Quels furent nos rêves ? Où sont-ils ? Ils ne sont plus comme nous et sont incroyablement jeunes. Le temps ne les viole pas. D’autres se les approprient. Ils seront malaxés, ils seront triturés, défigurés mais à chaque fois, à chaque temps comme à chaque saison, ils reprendront d’un trait leur aspect, leurs couleurs, leur opulence, leurs angles bienfaisants, leurs rondeurs blessantes, ils sont là et ils gardent surtout leur densité bardée de jeunesse. De frontières aussi, de ciels, d’univers, d’inconnus, bardés de supposé, de fond de cœur pollué.
La fin s’installera
Parce qu’à sa place sera,
A celle que nous avons prévue,
Décidée dès le début.
J’y suis et elle est incroyablement jeune,
Fille de mer, geste sexe, peau sans sun.
Jeune et vêtue d’un parfum,
Les yeux verts. Un sourire ! Les doigts fins.
Sur sa lèvre supérieure, la beauté dans un grain,
Je l’observe, je la frôle et m’en vais.
Elle est jeune et porte des senteurs un peu passées.
Elles seront à la place qu’au début, j’avais décidée.
La nuit se dilue. Le jour s’étire et sur l’aube s’applique.
Les oiseaux ont des chants vinyliques.
L’air a une odeur d’amorce.
Les arbres fracturent la clarté de leur force.
Leurs frondaisons écrivent sur le ciel toute leur utilité
Mais les bruits leur donnent une certaine virtualité.
Le lendemain à côté de moi couchée, elle.
Vibrationnelle.
Elle, souriait. Tout en dormant.
Elégamment, insensément.
Elle ouvrit ses yeux de matin
Et s’enfouit dans le traversin.
Se redressa et regarda les draps-chiffons, les taies disloquées,
Tous les tissus du lit comme effiloqués.
Et encore et encore,
Elle détira son corps.
Son vrai parfum s’édifia. D’abord une odeur de nuit puis celles de la peau reposée
Ensuite les senteurs intimes et celles de sexes composés.
Et la subtilité du creux de l’épaule. Il ne restait plus rien des extraits
Du flacon de la soirée dont elle s’était apprêtée.
Le parfum des femmes est un tableau. Le sien reste exquis.
Pastels grêles, rouge douillet, vert délicieux et blanc complexe.
Une rose des maquis
Circonflexe.
Le jour explosait et de ses cheveux se dilataient les fragrances des heures reposées.
Je ne l’ai jamais revu mais, elle sera là,
Dans l’essence d’une inconnue qui passera.
Moi, fou de crépuscule, elle, éprise de lumière,
Elle me deviendra peu à peu familière.
Honfleur, autour du port les pavés pétillent,
Autour des voiliers, les vagues crépitent,
Sous les coques blessées, les épontilles
Sous lesquelles les goélands hésitent.
Accoudées aux écluses quelques âmes se délitent
Et les esquifs ballottent comme les gens gîtent.
Sur les mâts, les filins claquent comme des casseroles,
Les terrasses se camouflent sous les parasols.
Des cuisines les odeurs bouillent et s’emportent.
Elles se mélangent à l’air que la Seine apporte.
Dans le ciel, invisible la mer fond
En arômes piquants. Nous braisons
Sous les rayons d’un soleil d’avril
Qu’un léger vent tréfile.
Les blocs de granit gris frémissent sous cette légère chaleur.
Des frimousses se tendent et offrent leur pâleur.
Une vague signature marque dans un souvenir, son visage
Et le vernis frais d’un ketch l’efface.
Le temps est au présage
Féminin et tenace.
Sans toi,
Je m’éloigne et sur la place aux pavés
Irréguliers et émaillés,
Je m’assois.
C’est l’endroit idéal, j’y pose mon chevalet.
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Invité
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MessageSujet: Re: Les parfums d’elle.    Dim 6 Mai - 20:38

A chacun sa façon de s'approprier Honfleur,
Merci du partage

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