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 Les morceaux récalcitrants.

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A. R Deblain dit Livel

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Nombre de messages : 47
Age : 57
Date d'inscription : 01/03/2012

MessageSujet: Les morceaux récalcitrants.    Jeu 6 Sep - 7:21



1. Que faisons-nous dans cette grotte
Où titube l’odeur des moisissures ?
Les supports sont d’algues et sur le sol
Comme une terre battue, encastrée,
Lissée à force de pas,
Tient cette impression humide.
Cette croute des siècles
A l’apparence du récent.
Elle nous trompe comme ce ruisseau
Cambré, élégant, réfléchi
Comme des vitres nettes,
Aux fouets herbeux dans les courbes.
Il se perd au pied d’un chêne,
En amont aux bruits des vents.
Quoique l’égarement vient de nos oreilles.
Son fond noir où pousse l’eau,
Où elle s’élance aussi,
Abuse de cette mélodie particulière.
Au milieu, rainurée dans un tapis vert,
Elle n’est que tranquillité.
Et bordant cette litière une sente,
Son auvent est un rouleau de roche.

Dans nos voix peu d’inquiétude.
Une autre grotte.
Un rêve s’y est attardé. Dans cet abysse,
Il lui manquait la force et l’envie.
Flasque, il est presque d’eau. Il a froid.
Malgré les nuits d’été, ses quais interminables,
Ces lais sous le soleil riche,
Ces feux de dominos et ces insectes insanes,
Vifs, qui pochent dans les ténèbres.
Les premiers souffles nordiques
Incisaient les feuillages.
Le cordon des pas s’élargit.
Beaucoup sont venus
Et tout se simplifie en berge
Sous la toile des échanges des oiseaux.

Un rêve n’est jamais seul.
Il choisit les acteurs et les situations.
Est-ce que le lieu importe ?
En paradisiaque, le pire !
Aux cendres nos amours.
Et le cri sans un son.
Nous avançons et le rêve nous drape
Et nous tendons nos mains
Et nous plongeons dedans.

2. L’herbe rase promet une profusion d’horizons
Que nos désirs contenus repoussent.
Nous fleurissons ces façonnages,
Les plantons d’étoiles,
De spirales prises aux bises,
De canaux aux rives de planches,
Imbibées voire madéfiées,
Qui privées d’air forent les ères
Et qui remises à jour
Se délaissent en poussières,
En morceaux récalcitrants.
Mille illusions qu’un autre rêve épuise
Et qu’il replie au fond des grottes.
Ce que l’on voit, satine, se brouille aux rafales,
En fumées se divisent.
Le panorama claque des doigts
Et de petites mains découvrent le miroir
Qui attendait nos reflets.
Comme ils ont de la nuit,
Ils ont les sourires des murs,
Des reliefs crus de lumière,
La viande rouge des néons,
Les veines sur un buvard
Blafard de peau,
Les rides violacées
Et derrière cette identité,
En piétinements fous,
Les cris des choses cassent le tain.
L’eau du rêve gaine nos jambes,
Prend nos hanches,
Imbibe le torse,
Tire les bras, nous ramène à ces grottes.
Le chemin n’est plus le même,
Il dégringole vers le ciel.

3. Que puis-je enlever du songe ?
Ses mains douces qui m’offraient ce portrait ?
Ses tessons de voix aux caniveaux de sang ?
Les crimes hissés ?
Je croyais encore. Il me semblait.
Même d’une accroche désespérée
De la dernière phalange du rêve
Comme figé, pétrifié dans le rideau
Ou même dans la tenture des années.
J’espérai que nous irions rassurés
Dans le jardin des siècles,
Bousculés d’éléments, privés parfois,
Aux surabondances par moments néfastes.
Faire et prendre. Que l’être soit.
Accrochée cette nippe aux mûriers inermes,
S’asseoir après les heures dures,
Des sourires mélangés aux parfums
Des fleurs tragiques des après-guerres.
Mais une caverne s’ouvre.
Ce qui creuse est sûr.
La matière comme un cœur cède.


Le vent souffle de nouveau
Dans les feuilles plus sèches.
Il plagie presque tous les bruits de la pluie.
Les feuillages miment les gouttes.
Il feint une averse et contrefait l’ennui.
C’est le printemps des glaces.
L’été cambre pourtant.
Et puis comme une folie,
Une clarté presque blanche
Enivre les ombrages.
Ensuite la vraie pluie.
Sous ce brassage
Qui déclenche les chants du monde,
En masque d’autres et les cris
Bombent sous les présences liquides,
Sous le déluge meurt ou vit.
La rivière bout
Et se contracte d’une couleur de boue.
Le tortueux disparaît sous l’étale,
Envahit les cavernes.
La brume s’édifie, cloue les portes
Et les portillons,
A tâtons, sans un mot,
Prudents et imprudents rôdent.
Le monde s’éloigne du rêve.

Les artifices, les appelants,
Les appâts, les délices et les attraits,
Ce qui est mis en œuvre sur un pied de guerre,
Le brillant du glauque,
Ce qui tronque la nuit,
Aussi les mots offerts
Ramassés par les yeux,
Sur la rivière s’ombrent.
Au fond de cette grotte,
D’une retraite ou d’un antre,
Enfin nous les disons.

La nuit, cette gorge immense
Où tout s’étend,
La nuit nue plus claire de cris,
Aux brindilles qui pétillent
Et lâchent les plus grandes peurs,
La nuit, ce blindage vivant,
Cette falaise de coke où jouit une étincelle,
Les mots humides, les vents changeants,
Ce globe de fusain
Et ces morceaux récalcitrants
Avec lesquels je t’écrirai.
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Francis Vaquette

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Nombre de messages : 23
Age : 69
Date d'inscription : 29/11/2011

MessageSujet: Re: Les morceaux récalcitrants.    Jeu 6 Sep - 15:26

Un régal à lire ce long poème - on ne quitte pas le fil de l'âme - ce n'est pas un poème qui se lit comme on sucerait, par exemple, un sucre d'orge - quelle comparaison!!! mais je n'ai pas trouvé plus simple - il est à déguster, il me semble, comme un grand vin noble dont on doit rechercher les saveurs, le laisser longtemps sur la langue pour que les parfums s'y imprègnent. J'apprécie beaucoup cette poésie sans rime qui ne ressemble pas, comme certains poèmes à de la prose découpée à l'emporte pièce - c'est plus difficile à écrire qu'un poème classique car seuls le flux de l'inspiration guide les vers. Merci pour ce partage. Francis Vaquette.
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Elfée
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Nombre de messages : 1612
Age : 55
Date d'inscription : 29/08/2007

MessageSujet: Re: Les morceaux récalcitrants.    Jeu 6 Sep - 19:09

encore une belle promenade au long de tes mots... tous les sens sont en éveil et en partage...
Merci



Merci également à Francis pour sa participation... Wink
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A. R Deblain dit Livel

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Date d'inscription : 01/03/2012

MessageSujet: Re: Les morceaux récalcitrants.    Ven 7 Sep - 6:39

Merci de lire et je SAIS aussi que je ne laisse pas de commentaires sur d'autres textes que je lis, mais je le répète je ne suis pas apte à le faire et serais gauche. Est-ce que écrire "j'ai aimé" suffirait? Cela me semble un peu léger.
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Elfée
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Age : 55
Date d'inscription : 29/08/2007

MessageSujet: Re: Les morceaux récalcitrants.    Ven 7 Sep - 7:29

c'est vrai que c'est toujours délicat... mais il ne s'agit pas de juger... Donner ses impressions permet aussi de progresser... Il puis, il y a toujours la façon de le faire... ) Wink
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MessageSujet: Re: Les morceaux récalcitrants.    

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